Annexe au compte rendu de la réunion du 09 septembre 2008 (Par le coordinateur précaire…).
J’assiste depuis le début du mois à un spectacle digne de figurer à notre prochain carnaval annuel.
Dans le même temps, la précarité de mon emploi devrait me suggérer le silence afin de ne déranger personne.
Quid alors des objectifs du 17 Octobre ?
Ce n’est pas sans raison que le Comité n’obtient pas de subventions…
Et pour cause : Inciter les exclus à prendre la parole, voire même le simple fait d’être à leur écoute est déjà considéré comme un acte subversif ou de dissidence… Ah! si seulement ces derniers en venaient par miracle à se féliciter de la politique menée à leur encontre, « pour leur bien » et celui de notre humanité… Nous devrions alors changer de travail !
Ainsi concernant les formules stéréotypées, à toutes épreuves, qui peuvent m’être servies ici et là, au sein d’associations dépendantes des financements publics, « revendiquant » « être dans le soutien et pas dans l’action », « ne pas faire de politique », etc., ou encore prétextant « l’utopie » à toute occasion de débattre sur les fondements mêmes de nos engagements, je voudrais juste rappeler [en tant qu’ « ancien S.D.F. » (toujours hébergé du reste…), «parasite », « faignant » et consort…] que seule la politique au sens non partisan du terme peut permettre à notre société de réduire la pauvreté et l’exclusion.
Sinon on ne fait que s’appuyer sur l’exclusion pour entretenir une assistance relative…
Concernant « l’utopie », il est vrai qu’aucune solution face à la souffrance sociale générée par notre société de consommation libérale ne semble envisageable, puisque nous en sommes, pour la plupart, partie prenante !…
Néanmoins, la fonction de l’utopie n’est pas de nourrir notre rêve pour nous évader de la réalité mais d’orienter notre action pour corriger cette réalité… Or, nous consentons tous à mener l’action « politiquement correcte » qui nous est dictée : celle de nous familiariser à la précarité et à l’injustice sociale!…
Pour nous protéger de ces prétendues « fatalités », certains en viennent à dissocier malheur et injustice pour mieux rejeter la souffrance d’autrui. Ces comportements « normaux » ont pour effet, à plus ou moins long terme, de nous désensibiliser, pour « le bien de l’humanité » ! Miracle ! : Nous parvenons ainsi à rendre acceptable l’inadmissible et à en repousser continuellement les limites !…
Notre consentement à la précarisation, même passif, est déjà en soi une « action » politique.
Face à la peur, l’individualisme se renforce et avec lui la tolérance au mensonge, le concours à sa production et à sa diffusion (pour sauvegarder nos emplois salariés ? Obtenir de plus larges subventions ?…), mais aussi la culture du mépris à l’égard des exclus…
Une culture que l’on pourra arroser aux cours de repas défrayables, où l’on réaffirmera avec un entrain « viril » la prétendue nécessité « d’indispensables sacrifices à consentir pour sauver le pays du naufrage économique » (pour la plus grande satisfaction des patrons du CAC40 !)…
Alors quel avenir pour le Comité du 17 Octobre?
Travailler en contrat aidé ne me permet pas d’avoir accès à un logement dans la ville où je suis né…
Mais cela me permet (grâce aux engagements du Comité…) de m’investir dans mes convictions.
Cela me permet de donner un sens au Travail, là où l’élémentaire est devenu un luxe…
Cela me permet d’éviter, n’en déplaise aux auxiliaires professionnels de l’Etat, le harcèlement des structures « d’insertion », uniquement promptes à me « tendre la main » pour m’envoyer faire des ménages 2heures par semaine afin de « prouver ma bonne volonté » à remplir leurs statistiques… De quelle insertion parlons-nous ?…
Simplement d’une intégration obligatoire à un réservoir de main d’œuvre et de services bon marchés pour nantis & privilégiés. La misère n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle.
Bientôt, le R.S.A. permettra de « mettre tous les clochards au travail » tout en restant clochards… Et de banaliser encore plus la précarité… Ceux qui refuseront de se soumettre, ceux qui refuseront de travailler pour rien, pourront se faire lyncher au milieu des poubelles de notre société de consommation.
S’insérer, en tant qu’exclu (ou fils de rien), à proprement parler, ne se résume plus qu’à accepter la précarité et la soumission constante… Beau travail de gestion socioculturelle & économique !…
Notre problème c’est la soumission, la banalisation, tant que nous n’en sortirons pas, nous pourrons répéter la journée mondiale de la misère indéfiniment. Est-ce notre objectif ? Faire une commémoration une fois l’an ? Pour nous rappeler l’Humanité ? Nous sommes tous concernés par le déni et l’individualisme : « Il faut bien vivre », soit disant !… (Et on est tous le pauvre de quelqu’un…)
Bref, tout ceci pour dire : si je peux entendre (avec effroi) que certaines associations financées par les pouvoirs publics ne veuillent pas signer la pétition, une pétition qui pourtant ne fait que rappeler les fondements élémentaire de notre république, je ne peux m’empécher de penser à tous ceux que j’ai pu voir crever dans l’indifférence, au nom de ce même comportement ordinaire.
Aussi je me demande si nous pouvons encore oeuvrer avec des exécutants ou des gestionnaires qui n’ont aucuns scrupules à nier leurs vocations premières, au nom de l’individualisme et du politiquement correct, c’est aux exclus et aux plus démunis que nous devrions nous adresser directement…
Mais force est de constater que bon nombre d’entre eux se replient également devant la peur de perdre le peu de droits qui leur reste…
Peut-être devrions nous mettre en place des formations spéciales« Journée mondiale du refus de la misère »… Avec pour thématiques : « La misère, qu’est ce que c’est ? », »Pourquoi refuser la misère si ça ne nous rapporte rien ? », « Pourquoi faudrait-il écouter les pauvres alors qu’on est pas payé pour ? », « Pourquoi la misère c’est pas beau et c’est pas bien ? », « Pourquoi devrait-on s’empécher d’humilier les plus faibles », « A quoi ça sert l’intégrité ? », « Faut-il dire bonjour aux clochards ? », « Pourquoi faudrait-il donner la parole à ceux qui n’ont qu’à se taire et obéir ? »… Exprimez vos ideés !!!…
Laissez donc vos remarques et commentaires, on essaiera de monter une pièce de théâtre avec !…